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PARTIE 6 : FORUM PRINCIPAL
PARTIE 6 · FORUM PRINCIPAL Les ateliers du FORA’ESS ont consti- tué des espaces privilégiés d’échanges d’expériences, de confrontation des pratiques et de ré- flexion collective autour des diffé- rentes dimensions de l’économie so- ciale et solidaire en Afrique.
Ils ont permis de mettre en dialogue des ac- teurs issus de contextes nationaux, institutionnels et territoriaux diffé- rents, tout en faisant ressortir des pré- occupations communes relatives au financement, à l’inclusion, à l’autono- misation, à la gouvernance, au déve- loppement territorial et à la recon- naissance de l’ESS. Au-delà des contributions propres à chaque atelier, leur lecture croisée permet de faire apparaître des dynamiques transversales qui structurent les échanges du Forum.
Les expé- riences présentées ne relèvent pas unique- ment de modèles isolés : elles témoignent de pratiques, de mécanismes et de réponses qui peuvent être rapprochés, confrontés et, dans certains cas, reproduits ou adaptés à d’autres territoires africains. La présente analyse propose une lecture syn- thétique et transversale des échanges, orga- nisée autour des trois sous-thèmes du Forum : ESS et inclusion, ESS et convergence, puis ESS et transition.
Pour chaque sous-théma- tique, la restitution met en évidence les princi- pales dynamiques issues des échanges, les convergences entre les expériences présen- tées, ainsi que les enjeux et perspectives qui se dégagent. SOUS-THÈME I – ESS, TRANSITION ET INNOVATIONS SOCIALES
Le premier sous-thème du FORA’ESS 2026, consacré à « l’ESS, transition et innovations sociales », a constitué un espace de réflexion particulièrement large sur les transformations économiques, écologiques, sociales et techno- logiques à l’œuvre sur les territoires africains.
Les onze ateliers qui le composent ont abordé des entrées complémentaires : transition éner- gétique et économie verte, performance et mesure d’impact, initiatives citoyennes et rési- lience, engagement civique, agroécologie et circuits courts, digitalisation et intelligence artificielle, sécurité alimentaire, recherche et innovation, ainsi que les formes de solidarité informelles et endogènes. L’intérêt de cette programmation réside préci- sément dans cette diversité. Elle montre que la transition ne peut être réduite à une transfor- mation technologique ou environnementale.
Elle touche également les modes de produc- tion, les pratiques citoyennes, les formes d’organisation collective, les systèmes ali- mentaires, les modèles économiques, les usages du numérique et les mécanismes de solidarité. Les échanges ont ainsi permis de considérer l’ESS comme un espace capable d’articuler ces différentes dimensions et de rapprocher innovation, utilité sociale et déve- loppement territorial. Les ateliers ayant alimenté la réflexion ■ Atelier 1 : Transition énergétique et rurali- té : enjeux, défis et perspectives ■ Atelier 2 :
Transition énergétique, entre- preneuriat et économie verte ■ Atelier 3 : Transition citoyenne et sociale : performance et mesures d’impact ■ Atelier 4 : Transition citoyenne et sociale : des projets locaux aux impacts globaux ■ Atelier 5 : Transition citoyenne et sociale : initiatives locales et résilience ■ Atelier 6 : Transition citoyenne et sociale : cadre de vie et engagement civique ■ Atelier 7 : Agroécologie et circuits courts : pratiques alternatives et politiques ■ Atelier 8 : Mobilité, digitalisation et intelli- gence artificielle au service de l’ESS ■ Atelier 9 :
Agroécologie et circuits courts : transition écologique et sécurité alimen- taire ■ Atelier 10 : Innovation et recherche acadé- mique en ESS ■ Atelier 11 : ESS et solidarités informelles et endogènes en Afrique. 1. Une transition pensée comme une transformation globale des territoires La première idée forte qui ressort de l’en- semble des ateliers est que la transition ne peut être pensée de manière sectorielle.
Les échanges sur l’énergie, l’agriculture, l’environ- nement, l’emploi, le numérique ou encore la citoyenneté convergent vers une même conception : la transition doit transformer simultanément les conditions de production, les modes de vie, les relations sociales et les capacités d’action des territoires. Dans les zones rurales, cette approche appa- raît notamment à travers la question de l’accès à l’énergie.
Les échanges ont montré que la transition énergétique est indissociable des enjeux de résilience territoriale, de souverai- neté économique, d’entrepreneuriat local et de mobilisation des capacités des jeunes,
PARTIE 6 · FORUM PRINCIPAL des femmes et des personnes handicapées. L’expérience présentée autour des foyers amé- liorés illustre cette articulation : la réduction de la consommation de bois est envisagée à la fois comme un enjeu environnemental et comme une opportunité d’entrepreneuriat écologique. Cette même logique se retrouve dans les ate- liers consacrés à l’agroécologie. La transition écologique est mise en relation avec la sécuri- té alimentaire, la préservation de la biodi- versité, la résilience climatique et la valori- sation des productions locales.
Les travaux sur les systèmes alimentaires montrent égale- ment que les réponses doivent être adaptées aux réalités rurales et urbaines, qui peuvent être différentes mais complémentaires. 2. L’ancrage territorial comme condition de la transition Un deuxième enseignement transversal est la place centrale accordée aux territoires.
Les expériences présentées montrent que les tran- sitions prennent d’abord forme à travers des initiatives locales : agriculture familiale, micro- jardinage, projets communautaires, entrepre- neuriat écologique, initiatives de recyclage, actions citoyennes ou encore dispositifs de solidarité. Cette approche repose sur une idée impor- tante : les territoires ne sont pas seulement les espaces où les politiques de transition sont appliquées ; ils sont aussi les lieux où elles sont conçues, expérimentées et appro- priées.
Les échanges ont notamment insisté sur la nécessité de renforcer les capacités locales et de mieux associer les populations aux transfor- mations qui les concernent. Dans l’atelier consacré aux systèmes alimentaires locaux, les recommandations soulignent ainsi l’impor- tance de prendre en compte les acteurs dans l’élaboration des politiques publiques, de ren- forcer leur interaction et de développer des projets communautaires durables.
Cette territorialisation permet également de mieux articuler les différentes dimensions de l’ESS : production, emploi, environnement, alimentation, solidarité, innovation et partici- pation citoyenne. L’enjeu n’est donc pas seulement de diffuser des solutions dans les territoires, mais de permettre aux territoires de devenir eux- mêmes des espaces d’innovation et de transformation. 3.
De l’initiative locale à la résilience collective Les ateliers consacrés aux initiatives ci- toyennes et à la résilience ont montré que l’ESS peut constituer un mécanisme de ré- ponse collective aux vulnérabilités. Les ini- tiatives présentées autour de l’environnement, de la jeunesse, de l’entrepreneuriat social, de la santé communautaire ou encore de l’enga- gement civique montrent que les populations ne sont pas uniquement bénéficiaires des poli- tiques publiques. Elles peuvent également être productrices de solutions.
Cette dimension est particulièrement visible dans les initiatives locales accompagnées pour renforcer la résilience des territoires, mais également dans les expériences liées à l’enga- gement environnemental des jeunes, au recy- clage et à la médiation culturelle. Le pro- gramme lui-même regroupait ces expériences sous l’angle de la transition citoyenne, du cadre de vie et de l’engagement civique. L’in- novation sociale apparaît ainsi moins comme une innovation technologique que comme une capacité collective à répondre autrement aux besoins sociaux. 4.
L’agroécologie et les systèmes alimentaires comme espaces majeurs de transition Les ateliers consacrés à l’agroécologie ont donné une place importante à la question de la transformation des systèmes alimentaires africains. Les discussions ont mis en évidence plusieurs enjeux liés : ■ résilience des agricultures face au chan- gement climatique ; ■ valorisation des productions locales ; ■ circuits courts ; ■ préservation de la biodiversité ; ■ gestion durable de l’eau ; ■ implication des femmes ; ■ organisation collective des producteurs.
L’agroécologie apparaît donc comme un do- maine particulièrement pertinent pour l’ESS parce qu’elle permet de rapprocher produc- tion économique, protection de l’environ- nement et utilité sociale. Les expériences présentées montrent également que les mo- dèles agricoles ne peuvent être dissociés des questions d’organisation et de gouvernance. Les travaux sur les systèmes alimentaires lo- caux recommandent notamment de renforcer l’interaction entre acteurs et la participation citoyenne, tout en valorisant davantage les travaux de recherche. 5.
Le numérique comme nouvel espace d’innovation pour l’ESS Les échanges ont également fait apparaître une transformation importante : la transition numérique devient progressivement une composante de la transformation des mo- dèles de l’ESS. Il en ressort que le numérique peut notamment permettre : ■ de connecter les organisations de l’ESS aux marchés ; ■ de développer de nouveaux services ; ■ d’améliorer l’accompagnement des pro- ducteurs ; ■ de faciliter la mise en réseau des acteurs ; ■ d’expérimenter de nouvelles formes d’in- novation sociale.
Mais les échanges invitent aussi à ne pas consi- dérer la digitalisation comme une solution automatique. Elle suppose des capacités, des infrastructures, des compétences et un ac- compagnement adapté. L’enjeu est donc moins de « numériser l’ESS » que de faire du numérique un outil au service de ses finalités sociales et territoriales. 6. L’innovation sociale a besoin de connaissances, de recherche et de mesure d’impact Un autre enseignement transversal concerne la nécessité de mieux relier expérimentation, recherche et évaluation.
PARTIE 6 · FORUM PRINCIPAL L’atelier 3 a placé la question de la perfor- mance et de la mesure d’impact au cœur des discussions, tandis que l’atelier 10 a explicite- ment abordé la recherche académique, la for- mation, la digitalisation, l’innovation et les cadres réglementaires. Cette convergence révèle un enjeu majeur pour le développement de l’ESS en Afrique : les initiatives sont nombreuses, mais leur docu- mentation, leur évaluation et leur capitali- sation doivent être renforcées.
L’innovation sociale ne peut véritablement changer d’échelle que si les expériences sont documentées, évaluées et transformées en connaissances partageables. Cela implique notamment de renforcer les liens entre : chercheurs ↔ acteurs de terrain ↔ collectivités ↔ pouvoirs publics ↔ organisations de l’ESS. La recherche ne doit donc pas intervenir uni- quement après l’action. Elle peut devenir une composante de l’expérimentation elle-même. 7.
Les solidarités endogènes : une ressource africaine pour la transition L’un des apports particulièrement intéressants du sous-thème réside dans la place accordée aux formes de solidarité informelles et en- dogènes. Les tontines, les mécanismes com- munautaires, les solidarités locales et les formes traditionnelles d’entraide constituent déjà des pratiques économiques et sociales fondées sur la confiance, la mutualisation et la réciprocité. Le programme leur consacrait un atelier spécifique, consacré aux solidarités informelles et endogènes en Afrique.
Ces pra- tiques invitent à repenser l’innovation sociale à partir des réalités africaines. L’innovation ne consiste donc pas nécessairement à importer de nouveaux modèles. Elle peut aussi consister à reconnaître, structurer, améliorer et mettre à l’échelle des mécanismes qui existent déjà dans les communautés. C’est une idée stratégique forte pour l’ESS africaine : les territoires disposent déjà d’un capital social et solidaire sur lequel les politiques de transition peuvent s’appuyer. 8.
Les principales tensions apparues Au-delà des convergences, les ateliers ont fait apparaître plusieurs questions qui restent ouvertes. ■ Transition écologique et contraintes économiques : Les acteurs souhaitent accélérer les transitions, mais certaines solutions restent coûteuses ou difficiles d’accès. La question du coût des équipe- ments, par exemple, apparaît directe- ment dans les échanges sur les foyers améliorés. Les recommandations évoquent ainsi la nécessité de subven- tions publiques et de financements verts adaptés. ■ Innovation et capacités réelles des ac- teurs :
Le développement de solutions innovantes suppose des compétences, de la formation et des ressources. L’innova- tion ne peut donc être dissociée du ren- forcement des capacités. ■ Localisation des solutions et change- ment d’échelle : Les initiatives sont sou- vent fortement ancrées dans leur terri- toire. La question demeure de savoir
comment les reproduire ailleurs sans perdre leur pertinence contextuelle. ■ Informalité et structuration : Les méca- nismes endogènes constituent une ri- chesse, mais leur reconnaissance et leur articulation avec les dispositifs institu- tionnels restent un enjeu. ■ Innovation et preuve d’impact : Enfin, l’importance croissante accordée à la mesure d’impact pose une question es- sentielle : comment mesurer la perfor- mance d’organisations dont la valeur ne se limite pas à leur rentabilité écono- mique ? 9.
Orientations transversales issues des ateliers Au regard des échanges, plusieurs orientations se dégagent pour renforcer la contribution de l’ESS aux transitions africaines : → Renforcer les capacités des acteurs locaux, notamment des jeunes, des femmes et des groupes vulnérables, afin qu’ils puissent devenir pleinement acteurs des transitions. → Développer des mécanismes de finan- cement adaptés, notamment pour la tran- sition énergétique, l’agroécologie et les initiatives écologiques, en mobilisant da- vantage les financements verts et soli- daires. → Territorialiser davantage les politiques de transition, en associant les collectivités, les communautés et les organisations de l’ESS à leur conception et à leur mise en œuvre. → Soutenir les circuits courts et les sys- tèmes alimentaires territorialisés, afin de rapprocher producteurs, consommateurs et territoires. → Reconnaître et valoriser les méca- nismes de solidarité endogènes, tout en créant les conditions de leur structuration et de leur mise à l’échelle. → Faire du numérique un outil d’inclusion et de développement, notamment pour l’accès aux marchés, l’information, la for- mation et l’accompagnement. → Renforcer les liens entre recherche, innovation et action, en développant des dispositifs de recherche-action, de docu- mentation et de capitalisation. → Améliorer les dispositifs de mesure de l’impact, en développant des indicateurs permettant de prendre en compte les di- mensions économiques, sociales, environ- nementales et territoriales de la perfor- mance. → Créer davantage de passerelles entre acteurs, notamment entre ESS, collectivi- tés, secteur privé, universités et pouvoirs publics.
Conclusion du sous-thème Au terme des échanges, le sous-thème I fait ainsi apparaître l’ESS comme un levier de tran- sition capable d’articuler innovation, solidarité et transformation territoriale. La transition africaine ne pourra cependant produire des effets durables que si elle s’appuie sur les capa- cités locales, reconnaît les savoirs et méca- nismes endogènes, renforce les alliances entre
PARTIE 6 · FORUM PRINCIPAL acteurs et transforme les initiatives locales en dynamiques durables et reproductibles. La principale question est désormais de créer les conditions permettant de consolider ces initiatives, de mieux les documenter et les éva- luer, de faciliter leur financement et d’accom- pagner leur changement d’échelle, sans perdre leur ancrage territorial ni leur finalité so- ciale.
SOUS-THÈME II – ESS ET INCLUSION Le deuxième sous-thème du FORA’ESS 2026, consacré à « l’ESS et inclusion », a placé au cœur des échanges les conditions écono- miques, sociales et institutionnelles permet- tant de réduire les exclusions et de renforcer le pouvoir d’agir des populations. Les ateliers ont particulièrement insisté sur l’autonomisation économique des femmes, l’insertion et l’en- trepreneuriat des jeunes, l’accès au finance- ment, la réduction des inégalités, la protec- tion des personnes vulnérables et la structu- ration des initiatives collectives.
Les échanges ont progressivement fait appa- raître une approche plus large, dans laquelle l’inclusion suppose de pouvoir accéder aux ressources, développer ses compétences, créer et consolider une activité, accéder aux marchés, participer aux décisions, bénéficier d’une protection sociale et inscrire son activité dans des cadres collectifs et institutionnels durables.
Les ateliers consacrés à la finance solidaire, à l’entrepreneuriat des jeunes, à l’autonomisa- tion des femmes, à l’inclusion sociale et à la réduction des inégalités se rejoignent ainsi autour d’une même interrogation : comment faire de l’ESS un véritable levier d’émanci- pation et non simplement un mécanisme de réponse aux situations de vulnérabilité ? Les ateliers ayant alimenté la réflexion : ■ Atelier 13 : Finance solidaire et investisse- ment à impact social ■ Atelier 14 : Entrepreneuriat des jeunes et incubateurs sociaux : mode d’emploi et durabilité ■ Atelier 15 :
Entrepreneuriat des jeunes et incubateurs sociaux : mode d’emploi et durabilité ■ Atelier 16 : Entrepreneuriat des jeunes et incubateurs sociaux : création d’emplois et socialisation des relations humaines
PARTIE 6 · FORUM PRINCIPAL ■ Atelier 17 : ESS et autonomisation des femmes : entrepreneuriat féminin et rési- lience des femmes ■ Atelier 18 : ESS et autonomisation des femmes : entrepreneuriat féminin et rési- lience des femmes ■ Atelier 19 : ESS et autonomisation des femmes ■ Atelier 20 : Inclusion sociale et réduction des inégalités ■ Atelier 21 : Finance solidaire et investisse- ment à impact social ■ Atelier 22 :
ESS et autonomisation des femmes Cette programmation fait ressortir trois grands champs d’intervention : le financement et l’inclusion économique, l’insertion et l’en- trepreneuriat des jeunes, et l’autonomisa- tion des femmes et des groupes vulnérables. 1. De l’accès au financement à l’autonomie économique L’un des enseignements les plus transversaux du sous-thème est que l’accès au finance- ment constitue une condition nécessaire, mais ne suffit pas à garantir l’inclusion éco- nomique.
Les ateliers consacrés à la finance solidaire et à l’investissement à impact ont mis en évidence la diversité des mécanismes per- mettant de financer les initiatives de l’ESS : microfinance, investissement à impact, épargne, mécanismes communautaires, fi- nance endogène, Mobile Money ou encore dispositifs coopératifs. L’atelier 13 associait notamment microfi- nance, critères de performance de l’inves- tissement à impact, leadership, innovation sociale, épargne et digitalisation de la fi- nance solidaire.
L’atelier 21 a prolongé cette réflexion à partir d’expériences de finance en- dogène et solidaire, mais également à travers la question de la dette et de la capitalisation solidaire. La distinction est particulièrement importante pour les femmes et les jeunes, souvent orien- tés vers des dispositifs de microcrédit qui per- mettent de démarrer une activité sans néces- sairement créer les conditions de sa consolida- tion.
L’inclusion financière doit donc évoluer vers une inclusion économique durable, permet- tant non seulement d’emprunter, mais aussi d’investir, d’accumuler, de produire, de com- mercialiser et de renforcer progressivement son autonomie économique. 2. De la vulnérabilité à la capacité d’agir : une nouvelle lecture de l’inclusion Les ateliers ont également permis de déplacer progressivement le regard porté sur les popu- lations vulnérables.
Les femmes, les jeunes, les personnes en situa- tion de handicap ou les populations vivant dans des contextes fragiles ne sont pas unique ment présentés comme des bénéficiaires de dispositifs sociaux. Ils apparaissent comme des acteurs économiques et sociaux capables de produire des solutions, de créer des emplois et de participer au développement de leurs territoires. Cette approche est particulièrement visible dans les ateliers consacrés à l’entrepreneuriat des jeunes. Les différentes expériences d’incu-
bation, de formation, d’insertion et d’entrepre- neuriat collectif montrent que les jeunes peuvent devenir des producteurs de solu- tions locales lorsqu’ils disposent d’un envi- ronnement favorable. L’atelier 16 va notamment jusqu’à associer entrepreneuriat des jeunes, création d’em- plois et socialisation des relations humaines, tandis que les ateliers précédents mettent en avant les incubateurs comme espaces de structuration des initiatives et d’accompagne- ment vers la durabilité. 3.
L’entrepreneuriat des jeunes nécessite un véritable écosystème d’accompagnement Les échanges consacrés aux jeunes ont montré que la création d’une activité ne peut être considérée comme une finalité en soi.
Les ex- périences présentées au Maroc, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, en République centrafri- caine, en Mauritanie et en République démo- cratique du Congo montrent différentes formes d’accompagnement : incubation ci- toyenne, insertion professionnelle, entre- preneuriat collectif, formation des accom- pagnateurs, innovation sociale et écolo- gique, gouvernance environnementale et création d’emplois. Il ne suffit pas de former un jeune ou de finan- cer son projet.
Il faut également pouvoir l’ac- compagner dans : ■ la structuration de son activité ; ■ la gestion ; ■ l’accès au financement ; ■ l’accès au marché ; ■ la mise en réseau ; ■ la gouvernance ; ■ la consolidation de son modèle écono- mique. L’enjeu devient donc celui du passage de l’in- cubation de projets à la construction d’entre- prises et d’initiatives durables. 4.
L’entrepreneuriat collectif apparaît comme une réponse particulièrement adaptée aux réalités africaines Un autre enseignement important ressort des ateliers consacrés aux jeunes : l’entrepreneu- riat collectif est présenté comme une alter- native aux modèles individuels classiques. Les coopératives, GIE, réseaux et initiatives collectives montrent que la mutualisation per- met aux jeunes de dépasser les limites liées à leurs ressources individuelles, en partageant les moyens et les risques, en renforçant leur capacité de négociation et en facilitant l’accès aux dispositifs.
Elle favorise également la créa- tion d’emplois, la valorisation des ressources locales et le développement d’activités an- crées dans les territoires. Cette approche re- joint les valeurs de l’ESS, où la réussite écono- mique se construit aussi comme une capacité à créer de la valeur collective. Les ateliers 14 à 16 ont ainsi contribué à faire de l’entrepreneu- riat collectif et de l’incubation sociale deux leviers importants de l’inclusion économique des jeunes. 5.
L’autonomisation des femmes suppose de dépasser la logique du microcrédit La question des femmes constitue probable- ment l’un des fils conducteurs les plus forts du sous-thème.
PARTIE 6 · FORUM PRINCIPAL Les ateliers 17 à 22 abordent l’autonomisation sous plusieurs angles : entrepreneuriat fémi- nin, épargne, AVEC, économie circulaire, com- merce, transformation, GIE, formalisation, financement, leadership et politiques pu- bliques. Les expériences montrent que les femmes développent déjà des mécanismes importants de solidarité et d’organisation collective. Les AVEC, GIE, groupes d’épargne et autres formes de mutualisation constituent des espaces d’apprentissage économique et de sécurisation collective.
Mais les discussions ont également mis en évi- dence une contradiction majeure : les femmes peuvent être massivement ciblées par les dis- positifs de microfinance tout en restant confrontées à une accumulation insuffisante de capital et à une dette persistante. L’atelier 21 a particulièrement mis en évidence cette tension autour de la « féminisation de la dette » et de la nécessité de repenser le finan- cement du leadership féminin à travers la capi- talisation solidaire et l’investissement co- opératif.
L’enjeu est donc de passer : → du crédit → à l’investissement ; → de l’endettement → à la capitalisation ; → de la survie économique → à l’accumulation ; → du financement individuel → au financement collectif. Cette évolution apparaît comme une condition essentielle pour que l’autonomisation écono- mique produise des effets durables. 6.
L’autonomisation économique des femmes transforme aussi les rapports sociaux A travers les échanges l’expérience présentée à Goma a notamment mis en évidence les ten- sions intrafamiliales pouvant apparaître lorsque les femmes renforcent leur autono- mie économique, tout en montrant le rôle de l’ESS et des AVEC dans la reconstruction du tissu social après un conflit armé. Cette expé- rience apporte une dimension importante à l’analyse : l’autonomisation économique transforme les rapports de pouvoir au sein des ménages et des communautés.
L’accom- pagnement des femmes ne peut ainsi être limi- té à la formation ou au financement. Il doit également prendre en compte : ■ les rapports sociaux entre femmes et hommes ; ■ les responsabilités familiales ; les normes sociales ; ■ la participation des femmes à la décision ; ■ les éventuelles tensions liées à l’évolution de leur autonomie. 7. La formalisation constitue un passage stratégique vers l’autonomie économique Un autre enseignement transversal concerne la formalisation des activités économiques.
Les échanges ont montré que de nombreuses initiatives portées par les femmes et les jeunes restent fragiles parce qu’elles évoluent dans des cadres peu structurés. La formalisation peut permettre : ■ l’accès à certains financements et aux marchés ; ■ l’amélioration de la gestion ;
■ la sécurisation des relations écono- miques ; L’expérience du FODEM présentée dans l’ate- lier 22 est particulièrement révélatrice puis- qu’elle articule formalisation, structuration, formation et financement dans une même approche d’autonomisation. Mais la formalisation ne doit pas être conçue comme une simple obligation administrative. Elle doit être accompagnée, progressive et adaptée aux capacités réelles des acteurs. Elle doit surtout permettre aux initiatives de fran- chir un cap économique, et non simplement de changer de statut juridique. 8.
L’accès au marché devient un enjeu aussi important que l’accès au financement Les ateliers ont également montré que l’inclu- sion économique reste incomplète lorsque les acteurs disposent de financements mais ne parviennent pas à vendre durablement leurs produits ou services. Cette question apparaît particulièrement dans les expériences d’auto- nomisation des femmes, notamment à travers la Boutique Solidaire de Dindéfélo, pensée comme un dispositif facilitant la commerciali- sation interrégionale et l’accès des femmes au marché.
Les activités de transformation, de commerce inclusif, de production alimentaire ou d’économie circulaire montrent ainsi que l’enjeu est de construire des chaînes de valeur inclusive. L’inclusion suppose donc de pouvoir accéder : au financement, aux compétences, aux équipements, aux marchés et aux réseaux. C’est cette combinaison qui permet de passer d’une activité de subsistance à une véritable activité économique durable. 9.
L’ESS, un levier de réduction des inégalités au-delà de la logique de survie L’atelier 20 pose une question particulière- ment structurante pour l’ensemble du sous- thème : l’ESS constitue-t-elle un véritable modèle d’inclusion ou risque-t-elle parfois de devenir une économie de survie pour les populations exclues ? Les initiatives de l’ESS permettent effective- ment à des femmes, des jeunes et des per- sonnes marginalisées d’accéder à des revenus, à des réseaux et à des formes de solidarité.
Mais lorsque les activités restent de petite taille, faiblement capitalisées et insuffisam- ment connectées aux marchés, elles peuvent contribuer à réduire temporairement la vulné- rabilité sans nécessairement transformer les conditions structurelles d’exclusion. 10. L’inclusion doit être pensée dans sa pluralité L’atelier 20, notamment, a introduit la ques- tion du Disability Inclusive Programming, montrant que l’inclusion doit être pensée dès la conception des programmes et non ajoutée ultérieurement comme une dimension com- plémentaire.
Cette approche implique de mieux identifier les obstacles spécifiques ren- contrés par chaque catégorie de population et d’adapter les mécanismes d’accompagne- ment.
PARTIE 6 · FORUM PRINCIPAL 11. Les mécanismes endogènes de solidarité constituent une ressource stratégique Les ateliers sur la finance solidaire ont permis de mettre en lumière une dimension particu- lièrement importante pour l’Afrique : les com- munautés disposent déjà de mécanismes de solidarité économique qu’il est possible de structurer et de renforcer. L’exemple de la dahira Tidiane de l’UGB, articulant cotisations fléchées, caisse sociale mutuelle et investis- sement immobilier communautaire, illustre cette capacité à construire des mécanismes endogènes de financement et de protection.
Les tontines, groupes d’épargne, AVEC et autres mécanismes collectifs apparaissent ainsi comme des formes de finance solidaire qui reposent sur :la confiance ; la proximité ; la réciprocité ; la mutualisation ; et la responsabi- lité collective. L’enjeu n’est donc pas nécessai- rement de remplacer ces mécanismes par des dispositifs institutionnels, mais de recon- naître leur valeur, les sécuriser et les articu- ler progressivement avec les systèmes for- mels. 12.
Les politiques publiques doivent passer d’une logique de dispositifs à une logique d’écosystème La lecture croisée des ateliers fait également apparaître les limites d’une approche frag- mentée. Les femmes ont besoin de finance- ment, mais également de formation, de forma- lisation et d’accès aux marchés. Les jeunes ont besoin d’incubation, mais également de dé- bouchés, de réseaux, de financement et d’ac- compagnement dans la durée. Cela signifie que les politiques publiques doivent davantage fonctionner selon une lo- gique d’écosystème intégré.
L’enjeu est de mieux articuler : formation ↔ accompagnement ↔ financement ↔ forma- lisation ↔ accès au marché ↔ protection sociale ↔ gouvernance. L’expérience du FODEM, les programmes d’in- sertion des jeunes, les incubateurs et les dispo- sitifs d’autonomisation présentés dans les différents ateliers vont dans cette direction. 13. Les principales tensions apparues Au-delà des convergences, les ateliers ont fait ressortir plusieurs tensions structurantes. ■ Inclusion ou survie économique ?
L’ESS peut permettre aux populations exclues de générer des revenus, mais la question demeure de savoir si ces activités per- mettent une véritable transformation économique ou si elles restent canton- nées à une logique de survie. ■ Crédit ou capitalisation ? La multiplica- tion des dispositifs de microcrédit ne ga- rantit pas nécessairement l’autonomie économique. La question de la dette des femmes et de l’absence d’accumulation de capital invite à repenser les modèles de financement. ■ Formalisation ou accessibilité ?
La for- malisation peut faciliter l’accès aux res- sources, mais des exigences trop com- plexes peuvent également exclure les acteurs les plus fragiles. ■ Entrepreneuriat individuel ou collec- tif ? Les ateliers ont montré l’intérêt de l’entrepreneuriat individuel, mais aussi la
pertinence des GIE, coopératives, AVEC et autres formes collectives. La question est donc moins de choisir un modèle que de déterminer quelle forme d’organisation est la plus adaptée aux réalités écono- miques et sociales des territoires. ■ Autonomisation économique et trans- formation sociale ? Enfin, l’autonomisa- tion des femmes peut renforcer leur pou- voir d’agir tout en déstabilisant certains rapports sociaux existants. L’inclusion économique doit donc être accompagnée d’une transformation des environne- ments sociaux. 14.
Ce que le Sous-thème II révèle sur l’inclusion dans le modèle africain d’ESS La lecture croisée des ateliers montre que l’in- clusion portée par l’ESS ne se résume pas à intégrer les populations exclues dans le sys- tème économique existant. Elle consiste da- vantage à construire des mécanismes permet- tant aux populations de devenir actrices de leur propre développement économique et social.
Trois dimensions apparaissent particulière- ment fortes : ■ Une inclusion économique à travers l’ac- cès au financement, à l’entrepreneuriat, à la formation, aux équipements et aux marchés. ■ Une inclusion sociale à travers les méca- nismes de solidarité, les organisations collectives, les réseaux communautaires et la prise en compte des populations vulnérables. ■ Une inclusion institutionnelle à travers la formalisation, la reconnaissance des ac- teurs, l’accès aux dispositifs publics et la participation à la définition des politiques qui les concernent. 15.
Orientations/Recommandations transversales issues des ateliers Au regard de l’ensemble des échanges, plu- sieurs orientations se dégagent pour renforcer la contribution de l’ESS à l’inclusion : → Passer d’une logique de microcrédit à une logique plus large de capitalisation et d’investissement solidaire, notam- ment pour les femmes. → Développer des mécanismes de finan- cement adaptés aux cycles économiques réels des activités, avec des taux et des échéances compatibles avec les capacités des bénéficiaires. → Renforcer les incubateurs et dispositifs d’accompagnement des jeunes, en privi- légiant l’accompagnement dans la durée plutôt que la seule phase de lancement. → Développer davantage l’entrepreneu- riat collectif, notamment à travers les co- opératives, GIE, AVEC et autres formes de mutualisation. → Faciliter la formalisation progressive des activités économiques, en associant reconnaissance, accompagnement admi- nistratif, formation et financement. → Améliorer l’accès aux marchés et aux chaînes de valeur, afin que les initiatives féminines et celles des jeunes puissent dépasser les activités de subsistance.
PARTIE 6 · FORUM PRINCIPAL → Renforcer les compétences en gestion, finance, gouvernance et entrepreneu- riat, particulièrement pour les femmes et les jeunes. → Reconnaître et valoriser les méca- nismes endogènes de solidarité et de financement, en créant des passerelles avec les dispositifs formels. → Intégrer systématiquement les per- sonnes en situation de handicap et les autres groupes vulnérables dans la conception des programmes d’inclusion. → Renforcer la cohérence des politiques publiques, afin d’articuler formation, ac- compagnement, financement, formalisa- tion, accès au marché et protection sociale. → Associer l’autonomisation économique à un travail sur les rapports sociaux, no- tamment pour favoriser un environnement plus favorable au leadership et au pouvoir d’agir des femmes.
Conclusion du sous-thème Le Sous-thème II montre que l’ESS peut être un véritable levier d’inclusion et d’émancipation économique et sociale. Les échanges sou- lignent que l’inclusion ne se limite pas à l’accès au financement ou à la création d’activités : elle suppose également le développement des compétences, l’organisation collective, l’accès aux marchés, la participation aux décisions et un environnement favorable.
L’enjeu est ainsi de passer d’une logique de prise en charge à une logique de pouvoir d’agir, en donnant aux jeunes, aux femmes et aux populations exposées à l’exclusion les moyens de produire, entreprendre, s’organiser et construire une autonomie durable. Cela né- cessite des écosystèmes combinant finance- ment, accompagnement, compétences, forma- lisation, accès aux marchés et solidarité.
SOUS-THÈME III – ESS ET CONVERGENCE Le troisième sous-thème du FORA’ESS, consa- cré à « l’ESS et la convergence », a permis d’élargir la réflexion au-delà de la seule struc- turation des acteurs de l’Économie sociale et solidaire. Les échanges ont porté sur les condi- tions permettant à l’ESS de devenir un véri- table espace de convergence entre acteurs économiques, pouvoirs publics, collectivi- tés territoriales, entreprises, organisations communautaires et citoyens.
À travers les ateliers consacrés à la protection sociale, à la responsabilité sociétale des entre- prises, aux modèles africains d’ESS, aux enjeux de reconnaissance et d’intersectorialité ainsi qu’à la participation citoyenne et aux dyna- miques territoriales, les discussions ont fait apparaître une même préoccupation : com- ment faire de l’ESS un mode de coopération capable de relier les différentes échelles et les différents acteurs du développement africain ? Ateliers concernés : ■ Atelier 24 : Mutualités et couverture so- ciale des acteurs ■ Atelier 25 :
ESS et Responsabilité Sociétale des Entreprises ■ Atelier 26 : Modèles africains d’ESS et dé- veloppement des chaînes de valeurs terri- toriales ■ Atelier 27 : L’ESS en Afrique : les enjeux de la reconnaissance / ESS et intersectorialité ■ Atelier 28 : Participation citoyenne et dy- namiques territoriales 1.
Une convergence qui repose d’abord sur la reconnaissance de la diversité des acteurs et des modèles Les différents ateliers ont montré que la convergence doit prendre appui sur la diversi- té des formes d’organisation, des expé- riences historiques et des ressources pré- sentes dans les territoires africains. Les échanges ont notamment mis en évidence la richesse des modèles endogènes, qu’il
PARTIE 6 · FORUM PRINCIPAL s’agisse des expériences communautaires de Ndem et de Mbacké Kadior, des mécanismes de solidarité développés dans les territoires, des coopératives, des mutuelles ou encore des organisations intervenant dans la gestion des ressources naturelles et des biens communs. Cette diversité constitue une ressource pour l’ESS africaine. Elle montre que les dyna- miques solidaires ne sont pas importées de manière uniforme, mais qu’elles peuvent s’en- raciner dans des pratiques sociales, cultu- relles, économiques et communautaires préexistantes.
Plusieurs échanges ont souli- gné le décalage entre une économie popu- laire très présente dans les territoires et sa reconnaissance encore insuffisante dans les cadres institutionnels. Les discussions de l’ate- lier 26 ont notamment ouvert la question d’une normalisation institutionnelle pro- gressive, davantage adaptée aux réalités des acteurs. 2.
De la coexistence des acteurs à la construction de véritables alliances Les échanges sur la RSE ont ainsi montré que les entreprises peuvent apporter des res- sources financières, techniques et commer- ciales, tandis que les organisations de l’ESS disposent souvent d’une connaissance fine des territoires, des besoins sociaux et des com- munautés.
La convergence ESS-RSE apparaît dès lors comme une possibilité de co-construire des solutions, notamment à travers : ■ l’intégration des organisations de l’ESS dans les chaînes de valeur des entre- prises ; ■ le financement de projets à impact terri- torial ; ■ la valorisation des compétences locales ; ■ la création de débouchés pour les produc- tions issues des territoires ; ■ la participation des bénéficiaires à la conception des projets. Cette logique de complémentarité se retrouve également dans les relations entre ESS et pou- voirs publics.
Les ateliers ont insisté sur la né- cessité de créer de nouveaux modèles de convergence entre organisations de l’ESS, collectivités et État, notamment pour ré- pondre aux enjeux de protection sociale, de gestion des ressources, de développement économique et de résilience territoriale. D’où la logique du passage de la juxtaposition des interventions à une logique de coopération organisée. 3. Le territoire comme espace privilégié de convergence Les ateliers ont particulièrement fait ressortir le rôle central du territoire dans la construc- tion de la convergence.
Qu’il s’agisse de l’accès à l’eau et à l’assainissement, de la transforma- tion du typha, du développement des chaînes de valeur agricoles, des systèmes alimentaires territorialisés, de la protection sociale ou en- core de l’accompagnement des jeunes et des femmes, les expériences présentées montrent que les réponses les plus pertinentes émergent souvent d’une lecture fine des ressources et des besoins locaux. Les expériences présen- tées dans le Delta du fleuve Sénégal, à Gorom- Lamsar, à Kaffrine ou encore dans les terri- toires transfrontaliers illustrent cette dyna- mique.
L’ESS peut alors jouer un rôle d’inter-
médiation territoriale, en rapprochant des acteurs qui ne disposent pas toujours des mêmes capacités d’action ou des mêmes ca- naux institutionnels. La confiance, la médiation sociale et la connaissance des réalités locales apparaissent à ce titre comme des ressources essentielles de la convergence. 4. La convergence comme réponse aux fractures sociales et territoriales Les ateliers ont également montré que la convergence constitue une réponse à plu- sieurs formes de fragmentation qui traversent les territoires africains.
Ces fractures sont no- tamment liées : ■ aux inégalités d’accès à la protection so- ciale ; ■ aux difficultés d’accès aux services essen- tiels ; ■ aux écarts entre territoires urbains et ruraux ; ■ aux vulnérabilités des zones transfronta- lières ; ■ à la marginalisation de certains groupes, notamment les femmes et les jeunes. L’ESS apparaît alors comme un outil de rap- prochement et de réduction des vulnérabili- tés.
L’atelier 24 a notamment posé la question de la protection sociale des travailleurs de l’éco- nomie informelle et montré l’intérêt des méca- nismes mutualistes et coopératifs pour construire des systèmes plus inclusifs. Les dis- cussions sur les dynamiques transfrontalières ont, quant à elles, montré que la stabilité des territoires ne peut pas reposer uniquement sur des réponses sécuritaires. Elle nécessite égale- ment de travailler sur les conditions écono- miques, sociales et communautaires de la paix. 5.
L’ESS comme espace de transformation de la gouvernance Dans plusieurs ateliers, les acteurs ont insisté sur la nécessité de passer d’une gouvernance verticale à des formes de gouvernance parta- gée, dans lesquelles les citoyens, les organisa- tions de l’ESS, les collectivités, les entreprises et les institutions publiques participent à la construction des décisions. Les observatoires, plateformes, réseaux et espaces d’incubation présentés dans les ateliers constituent à cet égard des infrastructures de convergence.
Ils permettent de créer des espaces de dialogue, de produire et partager de l’information, de coordonner les acteurs et de faciliter la prise de décision. 6. Des chaînes de valeur plus inclusives comme traduction économique de la convergence. Les expériences présen- tées autour de l’agriculture familiale, du bio- charbon issu du typha, des systèmes alimen- taires territorialisés ou encore des modèles ESSOR/JESSOR montrent l’importance de construire des chaînes de valeur territoriales inclusives.
L’enjeu est de permettre aux producteurs et aux organisations locales de ne plus intervenir uniquement au premier niveau de la chaîne, mais de pouvoir bénéficier davantage de la valeur créée à travers : production → transfor- mation → commercialisation → distribution → consommation. L’articulation entre organisations de l’ESS, PME de transformation, entreprises de distri-
PARTIE 6 · FORUM PRINCIPAL bution et acteurs publics apparaît donc comme un levier important de développement territorial. La convergence prend ici une di- mension très concrète : mettre en relation les capacités productives locales avec les mar- chés, les financements, les compétences et les infrastructures nécessaires à leur déve- loppement. 7. Une convergence qui doit rester inclusive Les échanges ont toutefois montré que la convergence ne peut être considérée comme acquise simplement parce que plusieurs ac- teurs sont réunis autour d’une même table.
Les ateliers ont notamment insisté sur la participa- tion des jeunes et des femmes, aussi bien dans les activités économiques que dans les mécanismes de gouvernance. Les discussions ont également soulevé la ques- tion de la capacité réelle des populations à contribuer aux activités et aux décisions. 8. Enseignements majeurs du sous- thème Au terme des différents ateliers, cinq enseigne- ments transversaux peuvent être retenus : → La convergence constitue une condi- tion de changement d’échelle de l’ESS.
La mise en réseau des initiatives et leur articulation avec les politiques publiques, les entreprises et les territoires sont néces- saires pour produire un impact plus large. → La reconnaissance institutionnelle doit partir des réalités existantes. L’enjeu n’est pas seulement de formaliser les acteurs, mais de construire des cadres capables de reconnaître et d’accompagner la diversité des modèles africains d’ESS. → La convergence doit produire de la va- leur sociale et économique.
Elle doit se traduire par des emplois, des services accessibles, une meilleure protec- tion sociale, des chaînes de valeur inclu- sives et une amélioration des conditions de vie. → La gouvernance partagée constitue le socle de la convergence. Sans participation des communautés, des jeunes, des femmes et des acteurs locaux, les dispositifs de convergence risquent de rester institutionnels et de produire peu d’effets durables. 9.
Orientations/Recommandations stratégiques transversales Les échanges des cinq ateliers permettent finalement de dégager plusieurs orientations communes pour renforcer la convergence de l’ESS en Afrique : → Construire des cadres permanents de dialogue et d’intermédiation entre pou- voirs publics, collectivités, entreprises, organisations de l’ESS, communautés et institutions financières. → Renforcer la reconnaissance institu- tionnelle de l’ESS et de l’économie popu- laire, en privilégiant des trajectoires pro- gressives et adaptées aux réalités des terri- toires. → Développer des mécanismes de gou- vernance partagée permettant une parti- cipation effective des citoyens, des femmes et des jeunes aux décisions territoriales.
→ Renforcer les chaînes de valeur territo- riales, en facilitant les liens entre produc- teurs, organisations de l’ESS, PME, entre- prises et marchés. → Développer des mécanismes de protec- tion sociale adaptés aux travailleurs de l’économie informelle, notamment à tra- vers les mutuelles et les modèles coopéra- tifs. → Encourager les partenariats ESS-RSE et l’intégration des organisations de l’ESS dans les chaînes d’approvisionnement et les stratégies territoriales des entreprises. → Capitaliser et documenter les modèles africains d’ESS afin de favoriser leur repro- duction et leur adaptation dans d’autres territoires, notamment à travers la coopé- ration Sud-Sud. → Renforcer les capacités des jeunes et des femmes, notamment dans le numé- rique, l’entrepreneuriat, la gouvernance et les métiers liés aux transitions écologiques. → Faire des données et des observatoires des outils de décision territoriale, afin que les politiques publiques et les disposi- tifs d’accompagnement soient davantage fondés sur les réalités locales. → Préparer l’après-FORA’ESS, en mainte- nant les dynamiques de coopération à tra- vers des commissions de suivi, des webi- naires, des réseaux et des cadres perma- nents d’échange.
